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Sommaire  ADIEU, FACE A LA MER |  Adieu, face à la mer À la clarté jaunâtre d'une bougie fiévreuse, Je me suis attablé devant l'horizon vide Mais ma plume ce soir est un peu paresseuse, Plutôt désespérée que près des Hespérides.
Aussi pour patienter, sans que l'on me dédise, À mon amie, là-bas, celle qui ne m'attend pas, Je m'en vais raconter ce qu'est le Bois de Cise Où jamais, avec moi, la conduiront ses pas.
Fermez un peu les yeux, vous êtes arrivée. La route ombragée vous descend à la mer Entre deux vals boisés. Faut-il que j'énumère Les nombreuses villas qui s'y sont accrochées ?
C'est Le chardon d'Écosse, ou ce sont Les Naïades Ou bien cent autres rêves jamais réalisés Par des gens qui venaient, ici, pour la baignade, Au temps où Bel Ami, seulement paraissait.
Ce siècle, le dix neuvième, finissait dans la joie. Les peintres explosaient. L'architecture aussi. Et vous verriez ici, ce que l'argent bourgeois A fait pour ressembler à l'aristocratie.
Je ne peux plus poursuivre à vous parler d'ici, Mon petit paradis, étant devenu leurre. Il est temps de dormir, ma raison s'obscurcit. Je vais laisser la nuit dissimuler mes pleurs.
À très bientôt, peut-être, ou alors à jamais. Si je l'avais promis, m'auriez-vous attendu ? Hélas, il est bien tard. Vous allez être aimée Par un autre que moi, de façon absolue.
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|  AFRIQUE |  Des espaces de dunes sculptées au son des vents D'une Afrique colorée que nous avons blanchie, Apparaît la négresse, splendide de négritude, Qui ensable son pas dans notre éternité.
Le haut cou cerclé d'or pour montrer sa noblesse, Elle chante que le monde dépend d'elle, simplement. La rupestre gazelle de coton mal tissé s'accroche à ses hanches Où reposent les pieds de son mâle avenir.
Il dort, dodeliné par le pilon qui bat sur le mil arraché à la terre fendue. Elle, sait, comme l'argile, qu'elle a toujours été, et qu'elle demeurera, Superbe femme porteuse de notre humanité.
Noire Afrique, je t'aime. Tes images m'émeuvent. Ta musique me berce. Ta pauvreté désarme, mais ta fierté te sauve. Ton espérance est la mienne.
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|  A VIOLETTE P. |  Violette des prés, Tu me fais rêver. Violette des bois, Je suis à toi.
À ta beauté si pure, À ton parfum si tendre, À ta belle parure, Je me suis laissé prendre.
Le bleu de tes pétales, Au printemps, ton sourire, Ton parfum qui s'exhale, D'amour me font mourir.
Douai, octobre 1969
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|  MANQUE |  Il manque des mots, Dans mon poème, Les mots qu'il faut Pour dire "je t'aime."
Dire qu'ils ont sonné juste, en leur temps... Pourtant, il n'y a pas si longtemps... Non...
Quand au petit matin, à l'heure où je me couche, Lorsque je cherche en vain à retrouver ta bouche... Non plus...
Il manque des rimes À mes poèmes C'est la déprime Des "je t'aime."
Tu étais là, tournant les pages De ta musique encore si gaie Ou de mes paroles, images Du bonheur dans lequel tu vivais... Médiocre...
Il manque des strophes, Dans mes poèmes. Une catastrophe Pour dire je t'aime.
Ne restera donc qu'un souvenir. Mon chagrin coule mes désirs. De toi qui aimais tant rire, Je ne parviens pas à guérir.
Tu me manques... Vraiment.
Douai, 1971
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|  CIMETIERE MARIN |  Un bateau dans les flots, Les flots gris de colère, Que trop de matelots Ont pour cimetière.
Cimetière dans l'eau, Dans l'eau grise de colère, Où l'on sait qu'un bateau Peut ne revoir la terre.
Une terre dans l'eau, Dans l'eau grise de colère, Où de jeunes matelots Sont pleurés par leur mère.
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|  PRIERE DU SOIR |  Le soir, quand tout s'endort, s'entend dans la prairie La chanson des grillons qui module la nuit.
Le ciel est rouge, encor Le soleil disparu, Signe d'un dernier trait d'or Un horizon perdu.
Alors, les yeux au ciel, Mon âme se dévoile, Et j'adresse aux étoiles Des mots confidentiels
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|  LA DEMANDE |  Tu as donc décidé de donner plein de choses, De recevoir de moi un peu plus que mes roses, Tout ce que je veux bien déposer dans ta vie Pour remplacer en toi les rêves inassouvis.
Je veux faire de nous une histoire si belle, Que même tes amis la croiront irréelle. Je te donne mon corps pour que tu sois étoile, Mon cœur et ma tendresse que pour toi je dévoile.
Je ne te promets rien que je ne puisse tenir. J'éviterai seulement de te faire souffrir. Je serai près de toi, chaque jour, et chaque heure, Car tu connais l'absence et tu crains sa douleur.
Et si tu veux de moi pour un plus long chemin, Je te demande seulement de me donner ta main. Je la pose sur mon cœur, pour qu'il batte plus fort, Pour que demain, ma douce, je puisse t'aimer encore.
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|  LES MALHEURS D'ADRIENNE |
C'était en soixante dix, un trois novembre je crois. La pleine lune montait en répandant sous elle Des écharpes de brume recouvertes de froid Qu'un souffle boréal poussait dans les ruelles.
Dans la maison du maire, près de l'âtre crépitant Où des bûches exhalaient leurs odeurs de chêne Un enfant blond braillait, insufflant de la haine Dans le cœur d'Adrienne aux rêves palpitants.
Depuis longtemps placée par des parents indignes Adrienne subissait les caprices de ses maîtres. Elle aurait bien voulu rentrer en terre malouine Mais dans sa condition mieux valait se soumettre.
Nurse donc elle était, et nurse elle resterait, Se contentant parfois d'amours ancillaires Jusqu'au jour où passa un très beau militaire Qui l'aimant tendrement, promit qu'il reviendrait.
Il servait dans la garde d'un empereur perdant, Qui sortait d'une campagne malheureuse au Mexique. Il lui avait juré de le suivre à Sedan, Où son comportement s'avéra héroïque.
Badinguet, l'imprudent, défait par les Allemands Fut contraint de céder l'Alsace et la Lorraine. Le héros libéré, promu sous-lieutenant, Put courir rejoindre sa belle Adrienne.
Les yeux levés au ciel, la tête entre les mains La nourrice pria Dieu pour que le glaireux dorme, Mais l'infernal enfant, aux hurlements énormes Semblait pouvoir tenir jusqu'au petit matin.
Le maire et sa jeune femme étaient en préfecture Où le pédant Tirman commentait la défaite. L'ambiance n'était pas et de loin à la fête, Les catafalques noirs remplaçant les tentures.
Dans le placard obscur que fouillait Adrienne, À la recherche d'un lange pour le cul du moutard, Une bouteille de schnaps attira son regard. Il fallait que le ciel à ses besoins subvienne.
Son amant revenu l'attendait dans la grange. Elle irait le rejoindre, quelle que soit la façon. Le gosse braillait toujours malgré ses nouveaux langes Si bien que tout le schnaps passa dans le biberon.
En trois goulées avides le marmot s'endormit. Sans attendre plus longtemps, la nurse fut dans la paille Où son amant fougueux, oubliant la mitraille Fit gémir sa belle jusqu'au bout de la nuit.
Or au petit matin, les gendarmes à cheval Firent un barrage serré autour de l'écurie. Le maire et son épouse rentrés après minuit Avaient trouvé l'enfant dans un coma létal.
La nurse et sont amant furent conduits au Palais. L'infortuné lieutenant embarqua pour Cayenne Il ne revit jamais sa belle Adrienne. Qui pour juste punition eut la tête tranchée.
16 mars 2008
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|  VOLUPTE | Comme un oiseau sortant de sa ronde corbeille, Son sein s'est échappé en frissonnant un peu. Elle sent son impatience, et il la sait pareille. Leur cœur battant très fort dans leurs deux corps en feu.
Par des jeux amoureux ils commencent d'abord, En faisant réagir en prélude leurs corps. Mille endroits sur sa peau méritent ses baisers, De ses yeux à ses pieds, il va tout embrasser.
Au creux de son épaule sa nuque s'est posée, Puis sa bouche a trouvé l'aréole fugace. Son corps par ses mains s'est doucement éveillé, Et pour leur pudeur, il n'y a plus de place.
Insensible passage des jeux à l'acte même, C'est l'instant délicieux où ils se disent « Je t'aime. » Le chemin qu'ils vont prendre est souvent sans retour Il les mène tout droit au pays de l'amour.
Rien n'est plus merveilleux que cette liberté. Pour leurs corps délivrés de leur gangue de crainte Qui s'expriment enfin en une intime étreinte Pour se reprendre encore avec docilité.
Excitation sublime de deux corps pénétrés, Exaltation sauvage de passions délivrées, L'amour en tout cela vaut bien l'éternité, Quand les amants atteignent, du plaisir, le sommet.
Le plaisir fait place à une douce lassitude. Les amants apaisés s'enveloppent de tendresse. Leurs rêves seront beaux. Ils se font la promesse D'atteindre très bientôt bien d'autres altitudes.
Vouzon, 1967
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|  LE PRINCE DISGRACIE | Le bleu qu'il voulut mettre ne couvrit pas le noir. La poupée resta triste. Elle n'aimait plus ses roses. Il n'eut pas d'anémones à lui offrir ce soir, Ce n'est plus la saison. Mais il y a autre chose...
La femme qu'il aimait Qui montrait sa tendresse, Refuse désormais Ses plus tendres caresses.
À peine un œillet, Une violette qui lasse, Glissées dans un feuillet Pour y laisser sa trace Ou dans une poubelle, À jamais disparues. Il les avait vu belles Et cueillies dans la rue.
Il aimait sa douceur, Il reste un goût amer. Il cherche dans son cœur Ce qu'il a bien pu faire.
Elle l'a fait rester sage, Il en fut irrité. Elle lui dit sans ambages : « Tu ne peux plus rester. »
Alors, il est parti, tout son être affligé, sans savoir où aller. Assis à une table D'un cabaret miteux où il s'est réfugié, Il ne croit plus en rien. Il se sent lamentable.
Il ne la verra plus, ou seulement par hasard. Il n'ira plus chez elle, même avec du retard. Et son cœur ne bat plus. Elle a fermé sa porte Il rejoint la cohorte De ceux qui ont déplu.
Il n'a rien fait de mal, pourtant, il ne croit pas. D'encourir sa disgrâce, il ne mérite pas. Il arrivait d'ailleurs, Avait ouvert son cœur, Avait offert ses fleurs, ses baisers, son amour. C'était peut-être trop. C'était peut-être lourd.
Sait-elle donc où repart L'émerveillé aux fleurs, Le prince hospodar Qui était dans son cœur ?
Du bas de l'escalier, Il entendait sa voix Et son cœur cognait Plus neuf à chaque fois.
Il se sent ridicule, Son univers explose, Il devient particule. Il n'est plus qu'une chose Qui ne peut plus donner Qui ne peut plus offrir. Qui ne peut plus parler Qui ne peut que souffrir.
Son printemps commençant Se termine en hiver. Son cœur vide résonne. « Je trouve agaçant Tes sourires et tes vers ! » Il est moins que personne.
Mais il écrit encore, en des lieux bien étranges, Des milliers de feuillets qu'il donnera aux anges, De celles que l'on achète et qui se laissent vendre. Il sait qu'elles sont là, qu'il n'a qu'à les attendre.
Désormais, il sera sans être tout à fait là. Et il perdra plus tard un peu plus que cela. Ses histoires seront tristes, son humour dépassé. Il ne fera plus rire et moins encore pleurer.
Son rêve se termine, enveloppé de silence. Il est bientôt minuit. Il n'a pas eu de chance. Il n'a plus qu'à rentrer. Il ne la verra plus. Le vent a emporté Ses espoirs dans la rue.
Il retourne en lui-même une dernière fois. « J'irai sous ta fenêtre regarder si tu dors. Je te crierai, je t'aime, car j'ai besoin de toi. Il veut croire au peut-être, Peut-être l'aime-t-elle encore…
Son café est glacé, le cabaret désert. Comme ce futile espoir, il a un goût amer.
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|  LA FLEUR ET LE COEUR | Si la fleur avait su qu'un pauvre cœur pleurait, Elle n'aurait jamais pu se faner. Si le cœur avait su que la fleur se fanait, De ses pleurs, il l'aurait arrosée.
Douai, 1963
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|  A MES AMIS | À mes amis de Lille, de Brest et de Toulon Qui apprécient si bien les vignobles de renom Qui s'étalent au soleil des rives de la Loire Et des coteaux du Cher dont ils ont fait la gloire, J'adresse mon salut.
Amboise, le Clos Lucé, léonard de Vinci, La beauté et l'histoire ont rendez-vous ici. À tous ceux qui se battent et vivent d'espérance, Qui prennent du repos au jardin de la France, J'adresse mon salut.
Je retourne au pays car l'on m'y attend Mais j'aurai dans le cœur une grande tristesse Au moment de quitter ce jardin accueillant. À ceux de mes amis, qu'avec regrets je laisse J'adresse mon salut.
Loches, le 13 septembre 1985
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|  REVELATION |
Hier, prisonnier de doses soporifères, Sans lesquelles, il est vrai, je ne pouvais dormir, J'imposais à mon corps un repos hypnotique.
Sur l'écran noir espace derrière mes paupières Les nuages menaçants peints en bleu électrique Étaient pleins de démons qui voulaient me détruire.
Des vagues bleues sur bleu, comme des yeux d'atréides Remontent désormais s'échouer sur la grève De mon âme apaisée par connaissance de toi.
J'ai laissé mes angoisses en des lieux plus arides Pour qu'elles aillent se perdre bien au-delà de moi. Et je ne veux plus vivre qu'à portée de tes lèvres.
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|  CONSEILS A UN AMI | Ne dis pas de bêtises, Ton cœur est trop fragile. Il faut que je te dise Que la boule d'argile Que tu allais devenir, Pétrie entre ses mains Est poussière de chemin. Si elle veut la refaire, Il lui faut l'eau du cœur. Le vent lui donnera La poussière qu'elle cherche, Mais sèchera les larmes Nécessaires au pétrin.
Prépare d'autres armes Ton dépit dépassé. Tu as eu ses baisers. Le reste lui fait peur. Ce que tu as gagné, C'est un peu de son cœur. Mais elle n'était pas prête À te faire l'amour. Ce n'est pas pour autant Qu'il faut que tu la laisses. Tu n'es qu'un débutant. Il faut que tu progresses. Crois-moi, cette cousette Sera la tienne un jour.
Douai, 1966
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|  EXAMEN DE CONSCIENCE | Je ne ressemble à rien de ce qu'est la raison. Je ne suis que moi-même. Je ne me suis pas fait. Je suis certes rêveur, poète ou vagabond, J'ai besoin que l'on m'aime et j'ai besoin d'aimer.
J'aime qui je rencontre, qui je devine, ou qui j'espère. J'aime viscéralement comme un enfant peut faire. C'est-à-dire sans retenue, sans remords, sans pudeur, J'aime avec la passion de mon cœur, de mon corps.
Je n'ai jamais su faire les choses avec patience, Même leur déclarer vouloir être leur amant. Je suis sans cesse victime des mêmes empressements Qui font que mes amours n'ont jamais aucune chance.
Que faut-il que je fasse, enfin, pour être aimé De toutes celles que j'aime et que je trouve belles, Mais qui croient, je le sais, que je me moque d'elles ? Peut-être suffirait-il de le leur demander ?
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|  RETOUR |
Les amours revenues sont souvent les plus belles Quand les êtres retrouvés parlent de leur absence, De l'espoir de vivre une passion nouvelle, De cette aspiration qui n'est pas un non-sens.
Vois-tu, je crois encore que tout n'est pas perdu. Pardon si mes propos te gênent ou t'embarrassent Mais je n'ai jamais su résister à ta grâce, Car ma passion pour toi ne peut être vaincue.
Déjà sur ce sujet, je me suis expliqué. Il est pourtant utile que je me renouvelle ; Quand on aime une femme et qu'on la trouve belle, On ne peut s'empêcher de croire et d'espérer.
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|  LE FAUX DEPART | Ses yeux sont fatigués et se tiennent mi-clos Ce soir, son cœur est triste et son corps fait mal. Son esprit sans arrêt réclame le repos Ce soir son âme est seule. Il n'a plus le moral.
Il souffre, et il le crie car c'est insupportable. Il ne peut plus manger, il ne peut plus dormir. Le mal fait son chemin. C'est un mal redoutable. Il n'aurait jamais cru pouvoir tant souffrir.
Il ne reste plus rien pour calmer la douleur Qui tord ses entrailles de façon progressive. Personne auprès de lui, aucune forme affective. Il va vivre en enfer pendant de longues heures.
Il vit la solitude des êtres abandonnés. Tous les gens qu'il aimait, qui l'avaient soutenu Ne viendront pas ce soir. Ses amis disparus Sont partis pour fêter le quatorze juillet.
Cette fois, il n'en peut plus. Il voudrait bien partir. Le mal fausse son jugement, et sa raison chavire. Cette fois c'est décidé, il fera le voyage. Sans le moindre remord, il s'en va sans tapage.
Ils sont tous venus Le voir, horizontal. Ils sont tous venus Le voir à l'hôpital.
Arras, juillet 1980
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|  MES MAINS | Mes mains tiennent ta voix Tout contre mon oreille Et mes mots volent vers toi Comme ce goéland Qui plane dans tes rêves. Je veux être celui Qui fermera ses ailes Je veux être celui Qui descendra vers toi Venant de l'horizon. Je voudrais être aussi Ce navire attendu Qui se croyait perdu Et qui mouille à ton port Pour une ultime escale. Mes mains te frôleront, Et comme un doux albâtre Je descendrai en toi, Lassé de me débattre Dans un monde sans joie. Mes mains te frôleront, Pour faire vibrer ta vie. Je donnerai ma bouche, Et pour que tu me touches, Je te donnerai mes nuits. Mes mains tiennent ta voix Tout contre mon oreille Et tes mots sont venus Remplacer le soleil Pour répondre à mes mots. Et depuis, je te rêve. Je t'aime...
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|  TU ES VENUE, SARAH | Et tu marchais, Sarah, Sans savoir où aller, T'échappant des tourments, Qui remplissaient ta vie. Tu te cognais, Sarah Sans jamais de cadeaux, Emmenant tes blessures Comme un pesant fardeau. Et tu marchais, Sarah, Sans connaître celui Qui t'ouvrirait le cœur, Découvrirait ton ciel Et ferait dans ton corps Exploser le soleil. Et tu marchais, Sarah, Sans savoir que bientôt Il couperait ta route, Et qu'il irait vers toi, Mais qu'il mettrait du temps, Perdu sur d'autres terres, Perdu dans d'autres corps, Perdu dans d'autres cœurs. Perdu dans d'autres ailleurs. Et tu marchais, Sarah, Fatiguée, chancelante, N'espérant plus l'espoir. Trouvant longue la route, Ton âme torturée Dévorée par le doute. Et tu vins te buter, Sarah, Contre sa vieille écorce Largement entaillée Par mille couteaux de vie, Par mille couteaux d'espoir, Au milieu de laquelle Coulait une sève ardente. Transportant ses désirs Charriant ses attentes. Et tu vins l'enlacer, Sarah, Ce vieux tronc tourmenté Que tu trouvas si tendre Dès le premier instant, Que tu sentis vibrer Et que tu rassuras Par des mots hésitants Dont tu te stupéfias Qu'ils puissent venir de toi,
Lorsqu'il te prit les mains, Lorsqu'il te prit les yeux, Lorsqu'il toucha tes lèvres, De ses lèvres tremblantes Lorsqu'il déversa, Sarah, En plus de sa sève Tous les mots interdits Trop longtemps contenus Et qu'il fit que l'amour Fut une délivrance. Et tu compris, alors, Que le temps de l'attente Ne fut pas temps perdu Que ça valait la peine De l'avoir attendu. Et il t'a dit, Sarah, Qu'il voulait te garder Au-delà des angoisses, Au-delà des collines Au-delà des rivières Au-delà des murailles Que la vie a dressées. Et tu l'as cru, Sarah Quand il t'a dit « je t'aime » Je te veux dans mon cœur Jusqu'à la fin des temps.
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