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ManaEditeur : PLE Eds Format : 14 x 20 cm.
Prix : 14,90 €
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| « Mana » évoque des disparus, des oubliés et des lieux que j'ai aimés ou détestés.
Roman à la fois intimiste et fantastique, techniquement documenté, "Mana" fut mon premier ouvrage édité en 2000 sous le titre "La Passée" aux éditions de l'Ixcea. Je vous invite à ouvrir ce livre comme on tire doucement une porte donnant sur un autre univers où rêve et réalité se côtoient puis se mêlent dans un tourbillon de sentiments. Les rêves dont je parle ne sont peut-être que des réalités à venir. Je vous convie à entrer doucement pour écouter le jeune David et "Mana" se redécouvrir puis, oubliant vos hésitations, à vous laisser dépayser par la surprenante visiteuse en l'accompagnant dans une enquête pleine de tendresse et d'étrangeté plaisante. Je suis convaincu que vous ferez ce voyage sans escale et que vous arriverez au bout, étonné qu'il soit déjà fini. Mais ne soyez pas déçu par le calme soudain. Il annonce d'autres histoires que j'écris pour ceux qui, comme moi, aiment l'insolite.
Un soir d'automne, David, adolescent rêveur, reçoit la visite d'un être disparu depuis longtemps, à qui il pense souvent parce que sa mère ne cesse de lui en parler. Son étrange visiteuse va lui conter une histoire extravagante qu'elle dit avoir personnellement vécue...
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Une pluie froide tombait sans discontinuer depuis plus d'une semaine sur la Flandre intérieure. L'automne qui avait encore plus d'un mois à vivre était déjà moribond. Dans la nuit du quatorze au quinze novembre, une nouvelle dépression plus forte que les autres, en provenance du Détroit du Pas-de-Calais était venue ajouter ses violentes bourrasques au déluge en faisant cingler rageusement une pluie glacée mêlée de grésil sur la campagne, les maisons et les gens. Il faisait un temps sale, mauvais et sinistre qui transperçait les êtres vivants jusqu'aux os comme c'était souvent le cas, là-haut, dans le nord du pays, à cette période de l'année. Dans les foyers, les ateliers et les bistros, les conversations tournaient invariablement autour de cette même question : « Quand donc ce temps pourri cessera-t-il ? » Pour ajouter encore au sombre tableau de ce triste soir, le courant électrique était coupé depuis environ une heure. Une ligne avait probablement cédé quelque part sous les assauts du vent ou sous le poids des branches arrachées aux arbres dépouillés. Dehors, l'obscurité était totale renforçant encore dans l'esprit de David, l'impression d'abandon. L'adolescent n'aimait pas du tout la période des fêtes de fin d'année qui approchaient, non pas à cause des conditions climatiques détestables, mais pour une raison obscure qu'il négligeait d'explorer, enfouie tout au fond de son être et qu'il n'avait jamais vraiment cherché à exhumer. Il avait pris conscience de cela depuis environ trois ans ou un peu plus. Il ne voulait pas s'y arrêter. Ce n'était pour l'instant pas très important croyait-il. Il était seul concerné par ce sentiment d'abomination. Personne n'était au courant du fait qu'il faisait semblant de se réjouir de l'achèvement de l'année qui allait lui octroyer un an de plus. Sans doute ne voulait-il pas tout simplement prendre le temps de faire l'examen de conscience salutaire, peut-être, par crainte de découvrir l'origine de l'instinct d'exécration qu'il manifestait pour la circonstance. Tant de mauvais souvenirs étaient à oublier. À l'approche des fêtes, il se donnait alors comme raison, comme alibi de surface à son mal-être transitoire, que Noël, était inutile, convaincu qu'il ne s'agissait que d'une mascarade, une escroquerie, une malhonnêteté, le vrai début du carnaval. C'était du moins ce qu'il avait dit une fois de plus à ses camarades, lesquels s'étaient contentés de hausser les épaules et de lui tourner le dos. David se fichait pas mal de ce qu'ils pensaient de lui, il n'avait pas vraiment besoin d'eux. L'avis des autres, en général, c'est vrai, il s'en moquait éperdument, du moment que Livie, elle, partageait sa façon de regarder le monde. Et ça, pour David, c'était l'essentiel, naturellement. Livie était sa copine, sa confidente, son amie, son amour, celle à qui il écrivait les plus beaux poèmes et à qui il racontait les plus belles histoires, celle qui l'écoutait avec de l'or dans les yeux et qui se laissait parfois tendrement embrasser. Livie était son soleil, un morceau d'Italie. « Tu ressembles au plaisir sous un chapeau de fleurs » aimait-il lui dire. David avait lu ça quelque part et ça lui avait bien plu. À elle aussi. L'indigence qu'il voyait autour de lui, au-delà de sa maison et dont il entendait parler sans cesse dans ce pays de corons et de montagnes de schistes grisâtres n'était sans doute pas étrangère à la sourde révolte qui s'amplifiait et du malaise qui en découlait. Cette misère le touchait, l'indignait et l'agitait. Il parvenait difficilement à se dominer. Il ne pouvait en parler à personne car on ne l'écouterait pas. C'est du moins ce qu'il croyait. La misère, il l'avait connue durant quelques années et sa famille venait à peine d'en sortir. L'univers qui s'était reconstruit était fragile encore. Alors, chez David, on ne disait rien. Nul dans son entourage n'osait rien dire de cette petite misère passée de peur que le souvenir ou même le simple effleurement des mots ne vienne à nouveau tout faire écrouler. Noël, pour lui, c'était décidément une inutile et dérisoire réjouissance pour les prospères devenant charitables le temps d'un réveillon ou pour les indifférents ne pensant qu'à leurs agapes, les deux étant une insulte envers les démunis. Plus la fête approchait, plus son cœur se serrait, plus son angoisse tentait de s'exprimer sans y parvenir pour finir par lui faire mal et le rendre malheureux. En plus de ça, ce matin-là, il avait senti confusément que ses ombres s'apprêtaient à revenir. Il ne se trompait jamais sur cet avertissement. David savait ce qu'était une prémonition. Elles venaient depuis toujours, du moins aussi loin qu'il pouvait s'en souvenir, avant chaque moment important de sa petite vie, toujours annonciatrices d'un changement ou d'une inflexion dans sa destinée. Il avait analysé, tout seul encore, le phénomène des venues d'ailleurs sans jamais en parler à quiconque, même pas à Livie. Il n'en avait plus peur. Il en était guéri car il avait compris qu'il fallait s'y habituer bien qu'elles fussent à chaque fois différentes. Elles étaient devenues familières et même intimes tout en restant secrètes. Elles venaient, c'est tout, comme si elles rentraient chez elles. Parfois, pour se faire consoler d'un tracas ou d'une grosse peine, du genre que l'on rencontre quand on a quinze ans, il avait bien essayé, plein d'espoir, de les appeler à l'aide, mais en vain. Il avait fini par comprendre qu'elles n'obéissaient pas à la volonté ni aux lois des vivants. Un jour, il avait été sur le point d'en parler à Livie, mais y avait renoncé à la dernière minute. Il tenait trop à elle. Il n'avait pas voulu l'effrayer et risquer de la perdre. Ce soir-là, David travaillait dans une chambre du haut aménagée en bureau par son frère Frédéric et lui. Ils avaient dû allumer des chandelles et les avaient disposées aux angles de leurs bureaux – de simples tables en bois que leur père avait arrondi aux angles –, créant ainsi deux tableaux en clair-obscur qui se mêlaient, projetant aux murs des ombres gigantesques et mouvantes, créant une atmosphère à la Rembrandt. Comme toujours, ils avaient travaillé dans le plus complet silence, comme ils avaient coutume de le faire. Ils ne se chamaillaient plus. Ils commençaient déjà à s'éloigner l'un de l'autre. Frédéric était rentré du lycée dans le milieu de l'après-midi, bien avant que David ne revienne de l'école. Après le souper, il avait terminé sa dissertation, révisé à mi-voix sa leçon d'allemand puis était allé se mettre au lit. Il dormait depuis une bonne heure. David était à présent seul dans le bureau, penché sur une grande feuille blanche tendue sur sa planche à dessin. Il peignait à la gouache. Il étudiait aux Beaux-arts depuis plus d'un an. Il s'y sentait bien et s'y épanouissait. Il devait impérativement terminer une étude documentaire pour le lendemain. Les flammes vacillantes des bougies, sensibles au moindre mouvement d'air, animaient des ombres gênantes sur sa feuille mais l'adolescent n'avait d'autre choix que de s'en accommoder. Il fallait qu'il termine absolument le soir même. Sa leçon d'histoire de l'art, il la réviserait le lendemain matin. À cause de la panne de courant, ses parents ne s'étaient pas installés comme d'habitude devant la télé. Ils s'étaient réfugiés dans la petite cuisine où son père écoutait la radio et sa mère faisait la vaisselle. Les deux sœurs de David dormaient depuis longtemps à l'autre bout de la maison. La demeure était calme. Seuls les assauts furieux du vent la faisaient craquer par instants comme un navire dans la tempête, distrayant David, le faisant frissonner, lorsque, relâchant son attention, il pensait à ceux qui étaient condamnés à vivre dans la rue. Il y avait des pauvres gens dehors. Il les rencontrait en ville. Il y en avait toujours eu, au demeurant, mais cette pensée lui faisait froid dans le dos. David aimait passionnément ce qu'il faisait, comme il aimait éperdument sa copine Livie, sa maison et tous ceux qui y vivaient, comme il aimait tout bonnement sa vie au présent, en dépit des angoisses qui parfois l'étreignaient. Il était donc seul avec ses pensées, faisant face à la fenêtre, courbé sur sa planche, apportant un soin extrême à son étude documentaire. C'était un travail de grande précision et de rigueur passage obligé préalable à toute expression libre. Il repensait, en souriant, à ce que répétait sans cesse son professeur de dessin, un géant antillais. — De la ‘igueur, mon ami, de la ‘igueur! Vous ne pouez pogouesser qu'en vous appliquant!
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| Jean-Noël Lewandowski © 2005-2011 Tous droits réservés. | Mise à jour dimanche 13 novembre 2011
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