Démarrer ou arrêter la musique

Les Trésors d'Aiguevives


Page : 280
ISBN : 978-2-916685-09-X
Editeur : PLE Eds
Format : 14 x 20 cm.

Prix : 18,00 €
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Ce roman vous entraînera dans le sillage de Florence, une jeune femme angoissée par un passé qui lui a été en partie confisqué, mais aussi animée d'un désir profond de rompre une solitude qu'elle ne supporte plus. En dépit des mises en garde d'Adeline, son amie quelque peu envahissante, Florence décide de partir à Montrichard pour y rencontrer Daniel.
Or, à son arrivée dans la petite ville médiévale des bords du Cher, rien ne se passe comme prévu. Daniel n'est pas au rendez-vous et reste introuvable. Alors que, déçue et mortifiée, elle s'apprête à repartir pour Bourges, sa quête prend soudainement un développement inattendu.



Seule depuis la mort quatre ans plus tôt de Laurent son compagnon, Florence, antiquaire à Bourges, s'apprête à partir pour Montrichard, afin de rencontrer Daniel, un jeune artisan ébéniste qu'elle a connu par l'entremise d'Internet.

Adeline, ancienne amie de Jeanne, la mère décédée de Florence, la met en garde contre cette aventure, selon elle, pleine de risques.

Florence, vit de plus en plus mal la pesante tutelle de la vieille femme surtout depuis qu'elle la soupçonne de détenir le secret qui entoure sa naissance.

Lorsque Florence arrive à Montrichard, Daniel n'est pas au rendez-vous. Persuadée que le jeune homme s'est moqué d'elle, elle décide de rentrer à Bourges.

Alors qu'elle s'apprête à prendre le train le lendemain matin, elle est appréhendée par les gendarmes qui lui apprennent que Daniel a été hospitalisé la veille à Amboise dans un état préoccupant, suite à une sauvage agression.

Un instant soupçonnée par le lieutenant Bardonnèche, Florence, est mise hors de cause grâce au témoignage décisif de Paul, un singulier chauffeur de taxi qui lui offre d'emblée de se mettre à sa disposition.

Plus affectée par les évènements qu'elle ne l'aurait cru, désorientée dans une ville qu'elle ne connaît pas, Florence se laisse prendre en charge par ce sexagénaire peu banal qui s'impose avec gentillesse et dévouement, sans pour autant s'immiscer dans sa vie.

Tous deux se mettent alors en tête de vouloir découvrir qui a agressé Daniel, et pourquoi.

Mais leurs recherches prennent rapidement une tournure singulière…





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— Écoutez, Adeline, mon train part dans moins de trois heures et je ne suis pas en avance. Je dois finir de me préparer. Désolée, mais je vais devoir raccrocher…
— Non ! Attends… Accorde-moi encore une petite minute… Flo… S'il te plaît…
Excédée par le ton geignard de son amie, la jeune femme leva les yeux sur le cadran d'une pendule Campani, un véritable bijou en état de marche parmi le bric-à-brac qui l'entourait.
— Trente secondes, alors… soupira-t-elle.
— D'accord… Ça ne sera pas long… Je n'ai pas l'intention de m'immiscer dans ta vie privée mais en ce moment ta conduite a de quoi surprendre, conviens-en… Toi d'habitude si réservée, si prudente, si méfiante… Que t'est-il arrivé, bon sang ? Tu fonces tête baissée vers ce… vers cet inconnu… Cela ne te ressemble pas, Flo. Je ne te reconnais plus. C'est à croire que ce type t'a complètement envoûtée. As-tu pensé une seconde au désastre pour toi, pour ton métier, pour ta vie, même, s'il se révélait n'être qu'un aventurier sans scrupule ? Si ça se trouve, il est en train de te détruire sans que tu t'en rendes compte. Que connais-tu de lui, au juste ? Ce qu'il a bien voulu te dire ? À peu près rien, en somme… Et de sa famille, encore moins, je présume… Et toi, Flo, tu te prépares à aller vers je-ne-sais-quoi…
— Vous non plus, Ady, vous ne savez rien sur lui ! Moins que moi, en tout cas. J'ai vingt-huit ans, j'estime être assez grande pour choisir mes amis en toute liberté et organiser ma vie à ma guise, surtout dans ce qu'elle a de privé. Croyez-vous que votre comportement soit celui d'une véritable amie ?
— Flo…
— Je ne supporte plus votre ingérence permanente dans mon existence ni votre condescendance… Vous me faites perdre mon temps…
— Mais…
— Il n'y a pas de mais qui tienne ! Ce type, comme vous dites, il a un prénom ! Il s'appelle Daniel. Alors, de grâce, cessez de le considérer comme un moins que rien, et moi comme une personne immature. Je vais finir par regretter de vous avoir fait des confidences. Je suis désolée, mais j'en ai plus qu'assez, Adeline, vraiment. Votre attitude, surtout à l'égard de Daniel me déçoit et me peine. C'est à croire que vous êtes jalouse dès lors qu'un événement heureux survient dans ma vie.
— Jalouse, moi ? Mais tu déraisonnes, ma pauvre fille ! Me crois-tu vraiment capable d'un tel sentiment ? Enfin, tu me connais ? Je pourrais être ta…
— Ma mère ? C'est ce que vous alliez dire, n'est-ce pas, que vous pourriez être ma mère ? J'aurais dû m'y attendre, tenez… Ça faisait longtemps !
— Ce n'est pas ce que j'ai voulu…
— Pas de chantage affectif avec moi, je vous en prie ! Vous ne pouvez pas vous substituer à Jeanne Jouaud. Quoi que vous fassiez, vous ne réussirez jamais à la remplacer. Je ne veux pas que vous me considériez comme la fille que vous n'avez jamais eue, vous comprenez ? Vous ne semblez pas vous rendre compte que votre tutelle a pris fin avec ma majorité. Laissez ma pauvre mère en paix s'il vous plaît, et laissez-moi aussi.
— Pardonne-moi… Je ne voulais pas te blesser. Tu n'es pas tendre avec moi, dis donc… Enfin, passons… Je voulais seulement te faire comprendre que… Mais c'est inutile, je crois… Bon, écoute, ma petite Florence…
« Ma petite Florence… »
L'horrible épithète qui hérissait la jeune femme venait d'être lâchée. Sa colère, jusqu'alors endiguée avec peine, déferla.
— Je ne suis pas non plus votre petite Florence ! Bon sang ! C'est exaspérant ! Faudra-t-il que je vous le répète jusqu'à la fin de mes jours ?
— Écoute…
— Non ! Ça suffit, Adeline… Je voudrais à présent que vous me lâchiez. Vous ramenez sans cesse tout à votre précieuse petite personne tout en me mettant la pression. C'est intolérable. Je ne supporterai pas davantage votre influence ni la façon que vous avez de me culpabiliser à tout propos. M'avez-vous bien comprise, cette fois ?
— Ne te mets pas en colère, Flo, cela ne sert à rien. Puisque tu le souhaites, je vais te laisser… Mais avant, je veux que tu entendes ceci… Je te connais depuis assez longtemps pour m'être aperçue que quelqu'un était entré dans ta vie et ce, bien avant que tu ne m'en parles. Seul un homme peut faire changer une femme à ce point. Mais c'est vrai, j'en conviens, il s'agit de ta vie privée. Il n'empêche que je suis inquiète. C'est naturel, non ? J'ai peur que tu ne commettes une énorme bêtise. Je ne voudrais pas, une fois encore, être obligée de te ramasser à la petite cuiller, et par ta faute, ce coup-ci… Enfin, puisque tu affirmes savoir ce que tu fais…
— En effet, vous ne pouvez pas mieux dire. Je sais parfaitement ce que je fais ! Je n'ai plus besoin d'être chaperonnée. Je n'ai plus seize ans ! Mettez-vous bien ça dans la tête une fois pour toutes ! Essayez donc de vivre pour vous, bon sang ! Si vous ne pouvez pas faire autrement que de materner, vous n'avez qu'à vous chercher quelqu'un d'autre ! Tenez, trouvez-vous donc un homme ! Croyez-moi, cela vous ferait à coup sûr le plus grand bien !
— Florence !!!
— Non, Adeline ! Je ne veux plus vous écouter. À présent, je vous laisse. Je suis très en retard…
— Florence… Attends !
— On se reverra peut-être à mon retour ! Au revoir !
— Attends ! Quand rentres-tu à Bourges ?
Bouillante de rage, Florence mit fin à la communication en claquant le téléphone sur son socle comme on claque une porte, avec une violence dont elle ne se serait pas crue capable. Elle en fut si surprise qu'elle reprit le combiné entre deux doigts pour le reposer avec une infinie douceur, un geste absolument inutile qui trahissait son émotion, sa perplexité, mais aussi un début de remords.
« Elle dit vraiment n'importe quoi, maugréa-t-elle… Me ramasser à la petite cuiller… Non mais, pour qui me prend-elle ? Pour un peu, elle me gâcherait mon week-end… Elle s'estime vraiment indispensable ? »

Adeline Françoise de Frimoncourt-Bréaumont était la fille unique d'un vicomte qui avait fini sa vie en se balançant sans élégance au bout d'une cravate de chanvre dans le grenier de son manoir en ruine, après avoir mis sa famille sur la paille.
En dépit de son impécuniosité chronique masquée à grand-peine, travailler aurait signifié pour elle trahir sa lignée aristocratique. Elle vivait donc sans excès d'une petite rente épargnée comme par miracle lors de la banqueroute de son gentilhomme de père ainsi que d'une pension alimentaire qui venait d'expirer en même temps que son ex-mari dont elle était divorcée depuis quinze ans mais qui avait eu l'élégance de lui laisser leur petite maison de Marmagne. Ils n'avaient pas fait d'enfants. Elle réagit l'adversité en s'évertuant à donner l'illusion d'une certaine aisance et à garder sa dignité, mais elle ne trompait plus qu'elle-même.
Après sa séparation, elle était devenue la confidente de Jeanne Jouaud, la mère de Florence, alors qu'elles étaient toutes deux bénévoles en alphabétisation dans une association berruyère. Un profond sentiment allant au-delà de l'amitié unissait ces deux femmes du même âge que la vie n'avait pas épargnées. Sans jamais faillir, Adeline avait accompagné Jeanne jusqu'à ses derniers instants dans sa lutte contre l'implacable maladie qui l'avait emportée en peu de temps.
Adeline venait de dépasser la soixantaine. Florence ne lui avait plus connu de liaison depuis sa rupture six ans plus tôt d'avec un officier d'Avord (1), rupture reposant sur un malentendu, l'amant, un fringant capitaine de dix-huit ans son cadet ayant découvert que la pseudo patricienne les berçait tous deux d'illusions car elle était loin de jouir de la fortune qu'il avait escomptée.

(1) - La Base aérienne 702 a une emprise sur trois communes de l'arrondissement de Bourges : Avord, Farges en Septaine et Savigny en Septaine. Sa position privilégiée au centre de la France en fait une des bases majeures de l'Armée de l'air.

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Jean-Noël Lewandowski © 2005-2011 Tous droits réservés.Mise à jour  dimanche 13 novembre 2011