Démarrer ou arrêter la musique

Un homme de Trôo


Page : 280
ISBN : 2-9526036-2-6
Editeur : PLE Eds
Format : 14 x 20 cm.

Prix : 18,00 €
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En 2006, un projet a abouti, fruit de la collaboration avec une auteur Stéphanoise, Danielle Akakpo.


Le destin, que l'homme a considéré depuis toujours comme une puissance supérieure aux dieux, se met parfois, sans qu'on sache pourquoi, à lui jouer des tours, souvent plus mauvais que bons, auxquels il lui est impossible d'échapper.

Philippe Bonjour venait, à quarante-huit ans, et pour la première fois de sa vie, de subir ses caprices. Optimiste de nature, pourvu d'une solide constitution et de nerfs à toute épreuve, il était sorti presque indemne du dégraissage drastique de l'entreprise qui l'employait depuis près de quinze ans. Le licenciement collectif de plus des trois quarts des effectifs de la Kerries Airlines où il était commandant de bord, avait défrayé la chronique par sa soudaineté et sa brutalité.

Presque au même moment, comme si ce même destin avait voulu le dédommager, un autre évènement, plutôt heureux celui-là, se produisit revêtant la forme d'un héritage lui revenant sans partage.

Il décida donc de cesser de se tourmenter pour des choses sur lesquelles sa volonté n'avait aucune chance d'influer, espérant au contraire, avec force, tirer profit du bouleversement heureux de son existence.
Philippe avait enfin le temps et les moyens de réorganiser sa vie comme il en avait toujours rêvé et d'en jouir le plus loin possible de l'agitation du monde et de sa violence.
Il était à cent lieues de se douter que l'inconstant destin qui, décidément, s'intéressait beaucoup à lui, allait sous peu lui réserver de nouvelles surprises, plus éprouvantes encore...

C'est par ces lignes que commence le roman co-écrit par Danielle Akakpo et Jean-Noël Lewandowski. Ils y retracent un épisode de la vie de Philippe Bonjour, quadragénaire soudainement confronté à des évènements qu'il ne parvient pas à dominer et qui l'auraient sans doute conduit aux frontières de la folie si quelques heureuses rencontres ne l'en avaient sauvé de justesse.

Un homme de Trôo est un roman d'aventure et d'amour où l'amitié tient, elle aussi, une grande place, et dont l'action se déroule entre Bazoches sur Hoëne, dans le Perche Ornais, près de Mortagne-au-Perche (61) et la vallée du Loir, entre Montoire et Vendôme (41).


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Tout commença par un beau matin du mois d'août, au cœur du Perche Ornais, à Bazoches sur Hoëne précisément, au domaine des Trois Cailloux.

Le Perche Ornais est un pays de collines, de bois, de bocages et de pâturages, sillonné de rivières et planté de pommiers.

Une chaleur caniculaire, qui n'avait pas faibli depuis plusieurs semaines, écrasait cette année-là une contrée où il fait habituellement bon vivre quelle que soit la saison. L'air vibrait, gondolant l'horizon, les toitures des hangars et les façades des maisons aux volets toujours clos d'où personne ne sortait plus sans d'impérieuses raisons.

Les sons se propageaient de façon étrange, presque confidentielle, dans une atmosphère épaisse aux odeurs de paille.

La terre se craquelait. Les mares s'évaporaient. La végétation souffrait ; la chute des feuilles était en avance de près d'un mois. Même les oiseaux demeuraient silencieux.

De mémoire de Percheron, on n'avait jamais connu pareil été.

Cependant, comme pour corriger ce dérèglement de la nature et pour que le pays Ornais restât fidèle à sa réputation, certains petits matins d'après orage venaient apporter une fraîcheur relative, aussi bienfaisante qu'éphémère, qui faisait de son mieux pour redonner quelques heures aux herbages et à la terre leurs couleurs et leurs odeurs cachées. De longues écharpes de brume diaphanes s'effilochaient alors en remontant avec lenteur des basses prairies mouillées de pluie où paissaient de paisibles chevaux.

Philippe Bonjour était désormais aux commandes du domaine des Trois Cailloux, propriété héritée de fraîche date d'un oncle à peine connu, dont il n'avait qu'un vague souvenir, un célibataire casanier et peu sociable qui n'avait quitté son canton qu'à l'occasion de son service militaire au camp d'Auvours, près du Mans, et par la suite pour se rendre annuellement à Paris au salon du cheval.

Oncle Victor, c'est ainsi que le père disparu de Philippe appelait un frère aîné qu'il ne fréquentait guère, avait consacré toute sa vie aux équidés dans ce décor champêtre. Il avait fait sa spécialité de la production des chevaux d'endurance, de trait et de loisir.

Le domaine des Trois Cailloux devait son nom, disait-on au village, à la présence près de sa grille d'entrée, de trois plaques granitiques si larges que quatre hommes auraient pu s'y accroupir en rond, dos à dos, sans se toucher. Ces affleurements rocheux portaient des stigmates de brisure et d'aplanissement et formaient entre eux un triangle équilatéral quasi parfait. Certains voulaient voir dans ces arasements les moignons de trois pierres levées ayant jadis supporté la dalle de couverture d'un immense dolmen. Cependant, rien dans les archives de la mairie ni dans celles du département, n'attestait la présence sur le territoire communal d'un quelconque monument funéraire datant du néolithique. Aucun vestige de la prétendue dalle ou de ses piliers n'avait été retrouvé. Leur présence restait donc un mystère.

Les Trois Cailloux était un endroit propice à l'élevage. Une quinzaine d'hectares, dont dix de pâtures bocagères, entourait la maison où Victor Bonjour avait vécu plus d'un demi-siècle de façon ascétique mais en parfaite harmonie entre production et amour des équidés.

Totalement envoûté par ses percherons, ardennais et bretons, sans oublier quelques ânes, Victor n'eut jamais le temps ni de s'ennuyer ni de penser à fonder une famille. Son air bourru reflétait un caractère réellement difficile pour ne pas dire acrimonieux, qui avait fait fuir les plus téméraires et les moins regardantes des laissées-pour-compte du canton et des cantons voisins.

De ce fait, oncle Victor n'avait pas d'héritier direct.

Lorsqu'il fut dans l'incapacité physique de s'occuper seul de ses étalons, de ses juments poulinières et de leurs poulains, c'est le cœur brisé qu'il les regarda s'éparpiller vers les autres élevages de la région.

Dès lors, il ne quitta pratiquement plus l'impressionnante et typique bâtisse normande à trois étages, flanquée de deux tours à demi éboulées.

Aux dires des curieux insatisfaits, et sûrement envieux, il n'en occupait que deux pièces au rez-de-chaussée, un salon transformé en chambre et une petite cuisine.

Le reste de la maison était abandonné aux hiboux, aux chauves-souris et aux choucas.

Jamais personne ne lui rendait visite, exception faite de la chargée de clientèle de sa banque et, par nécessité, Jérôme Delpierre, un vieux vétérinaire de Juvigny -sous-Andaine, ami de toujours.

Quelques mois après cette déchirante séparation, à la veille de ses quatre-vingt-quatre ans, le vieil éleveur s'en alla à son tour, terrassé par une crise cardiaque.




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Jean-Noël Lewandowski © 2005-2011 Tous droits réservés.Mise à jour  dimanche 13 novembre 2011